Le Myosotis Breton
Je publie à sa demande la contribution d'un F à notre réflexion, même si elle ne concerne qu'indirectement notre combat. Elle montre que la Structure de la GLNF la conduit à la catastrophe bien plus sûrement que F.S. tout seul, si nous acceptons les projets qu'on veut nous faire avaler.
C'est à nous de lutter, de convaincre et d'obtenir une réforme en profondeur des statuts pour que la conclusion de cette froide analyse ne devienne pas réalité. Pour cela, il ne suffira pas d'attendre patiemment que Fanch veuille bien s'en aller. Il faudra l'y contraindre, et le seul moyen que nous ayions à notre disposition est DE REFUSER DE VOTER LE BUDGET.
Quelques réflexions sur la structure des obédiences
De fortes turbulences agitent actuellement la GLNF et ses statuts peuvent s'y trouver (ou non) remis en cause.
L'auteur n'a pour but que de vous faire partager ses réflexions, à la limite de la sociologie, obtenues en appliquant à la franc-maçonnerie la méthode scientifique.
L'étude suivante a pour but de montrer que l'adéquation entre la structure (pyramidale, fédération de loges, fédération de rites) d'une obédience et son « projet maçonnique » est fondamentale. Nous n'examinons pas ici les dévoiements et manoeuvres possibles, mais uniquement les conséquences d'un choix ou d'un autre dans l'hypothèse simplificatrice où chacun des acteurs est parfaitement honnête.Nous n'analysons pas non plus les motivations éthiques des uns et des autres (c'est d'ailleurs une des limites de cette étude).
On doit d'abord définir les objectifs (le projet) de la (ou plutôt des) Franc-Maçonneries.
Chacun de nous a SA réponse. Examinons sans a priori les différents cas possibles.
1°) La maçonnerie, club social. Il s'agit donc de rassembler des hommes de diverses origines pour élargir l'horizon de chacun d'eux. Dans ce cas, les rituels ne sont plus qu'un foklore, comparable au bizuthage des étudiants.
2°) La maçonnerie, club d'entraide. Il s'agit alors de faire bénéficier chacun des relations de tous les autres. Les rituels y sont également dépourvus d'utilité. Les fraternelles maçonniques appartiennent à cette catégorie.
3°) La maçonnerie, association humaniste. Cette forme se divise en deux catégories.
3-a) Dans la première le projet est de modifier la société en agissant sur ses lois. Ce sont des obédiences à caractère politique marqué. Là encore les rituels sont de peu d'importance, et traités comme tels. Les obédiences dont c'est le projet sont, par exemple, le Grand Orient et le Droit Humain.
3-b) Dans la seconde catégorie, l'ambition est de former des hommes qui ensuite agiront de façon autonome sur la société. Le moyen de cette formation repose sur le rituel et sur sa transmission. Ces obédiences sont à caractère initiatique fort. On y trouve par exemple la GLDF, et en principe, la GLNF. Elles répondent à une demande spirituelle forte, mal satisfaite par les organisations religieuses traditionnelles.
En réalité, les catégories ne sont pas aussi tranchées: on trouve les composantes 1 et 2 dans pratiquement toutes les obédiences. Les turbulences de la GLNF montrent les tentations de sa direction de passer en catégorie 3-a.
Les obédiences de la catégorie 3-a agissent comme groupe de pression politique, ce qui nécessite une coordination à laquelle se prête bien le modèle pyramidal: la loge dépend de sa province, qui dépend elle-même d'une structure parisienne, dont le chef définit les mots d'ordres et les principes d'action.
Les obédiences de la catégorie 3-b, à caractère initiatique marqué, ont pour projet de former des esprits autonomes qui choisiront eux-même leur voie ensuite. Les exemples de Jean Moulin, de Henri Dunant, du général Lafayette sont des illustrations de la réussite de ce modèle.
Celui-ci nécessite pour chacun une très large autonomie: pour eux, le mot d'ordre naturel serait: « le maçon libre dans la loge libre »
Par conséquent, le modèle fédéral (fédérations de rites et fédérations de loges) est le plus adéquat.
Quant aux obédiences correspondant aux catégories 1 et 2, la structure importe assez peu. Bien que la préférence de chacun aille à une structure légère et peu oppressive, les avantages personnels que s'attendent à en retirer les participants leur fait fermer les yeux sur les contraintes que l'on peut chercher à leur imposer.
Cette analyse est parfaitement logique, mais l'observation se heurte à des anomalies apparentes qu'il faut examiner ici.
En dépit de ses objectifs, qui rendrait appropriée une structure pyramidale, le Grand Orient (GO) est fédéral. Pourquoi?
Pour obtenir un grand nombre d'adhérents, donc un poids politique important, il a dû devenir multirites. Certaines de ses loges ont d'ailleurs un caractère initiatique que pourrait leur envier la GLDF ou la GLNF. D'autres ont un rituel réduit à deux coups de maillet, l'un au début des travaux, et l'autre à la fin. Malgré de nombreuses tentatives dans le passé pour imposer le seul rite Français, le GO a dû accepter que certaines loges pratiquent le REAA, et même le RER ou le rite de Memphis Misraïm. Tout ceci crée une diversité qu'il n'a pas été possible de gérer sinon par une structure fédérale.
De plus, la faible durée de mandat du GM (un an, deux au maximum) l'empêche de mener un projet à long terme de concentration des pouvoirs.
Dans ce cas, la structure est pyramidale, et cela semble fonctionner. L'obédience est résolument apolitique. La composante « club social » existe, mais le caractère initiatique est conservé. Comment expliquer cela?
Le GM est, traditionnellement, un membre de la famille royale. Comme dans la vie politique, un grand nombre de contre-pouvoirs, discrets mais traditionnels, appuyés sur la présence de l'aristocratie dans les loges, empêchent les dérapages. Les loges y sont très largement autonomes, et le GM ne commettrait pas la faute de goût de leur donner des directives, ni même des conseils.
La grande loge d'Ecosse est totalement indépendante, et chacune de ses loges jouit d'une totale indépendance, pourvu que le rituel contienne un minimum d'éléments communs (c'est le sens du mot « standard »
Lors de sa création, la GLNF a copié le modèle britannique, mais sans les atouts de celui-ci. Cela explique sa structure pyramidale, et les prétentions de certains de donner un caractère quasi sacré au GM.
L'augmentation de la durée de son mandat, et la structure, favorisent l'élimination des contre-pouvoirs que nous observons actuellement. Les loges ont perdu leur autonomie financière dans les années 1990, et sont en train de perdre leur autonomie spirituelle. Elles sont soumises à une bureaucratie lourde et inefficace (dossiers en N exemplaires à l'ére de l'informatique!).
René Guénon aurait écrit qu'une telle structure est « contre initiatique ».
Tout ceci facilite la transition vers une franc-maçonnerie de type 3-a. (politique et sociale) le côté initiatique n'étant plus qu'une survivance, comme au Grand Orient.
Cette transition devient inéluctable si, de temps à autre, est désigné (coopté) par la Structure, un GM issu de et formé par une obédience politique et sociale.
On peut prévoir que la GLNF se montrerait, au terme de cette évolution, bien plus efficace comme groupe de pression politique, que son concurrent le GO, parce qu'elle a déjà la structure qui convient.
Par ce mot, nous entendons le GM, l'ensemble des GMP, et des officiers nationaux et provinciaux.
Il est une observation permanente dans les sociétés humaines: c'est que les Structures ont une vie propre, indépendante pour une large part de ce que pensent ceux qui la constituent. Les hommes deviennent les serviteurs de la Structure.
Cela était particulièrement perceptible un peu avant l'effondrement de l'Union Soviétique, quand les аппара́тчики étaient les premiers à raconter des histoires subversives sur leur gouvernement, tout en envoyant en prison les auteurs de ces histoires.
Cette vie propre des structures explique le comportement étonnant des officiers provinciaux qui, dans leur for intérieur, désapprouvent certaines évolutions, mais qui retransmettent fidèlement dans les Loges le discours officiel, et essayent d'en conserver le contrôle.
C'est ainsi qu'ils parlent de la « fin de l'Obédience » quand il ne s'agit que de la fin de la Structure. Inconsciemment, c'est pour eux la même chose.
Les contre-pouvoirs institutionnels ont disparu. Il ne reste plus que ceux des FF des hauts grades, dont la formation maçonnique est plus complète, et les blogs, qui informent les FF de ce qui se passe.
Le rôle des blogs:il est important bien que totalement nouveau. Les blogs (Myosotis) sont nés de la conjonction des nouvelles technologies de communication (internet) et d'une réaction des FF face au renforcement du caractère coercitif de la Structure qui est à l'origine de la crise actuelle.. Cette dernière essaie de les neutraliser par des menaces juridiques ou disciplinaires (suspensions).
Les hauts grades:la Structure a réussi à s'emparer de celui de l'Arche Royale, elle tend à prendre la direction des maçons de Marque. Elle tente maintenant, dans son projet de réorganisation, d'englober les hauts grades du REAA et du RER dans une structure chapeautée par le GM.
La reconnaissance internationale:c'est une force puissante, mais lente à mettre en action, et sur laquelle la Structure n'a aucun pouvoir. La Grande Loge Unie d'Angleterre est bien consciente de l'évolution actuelle de la GLNF, mais ne veut pas s'y opposer seule, pour ne pas apparaître comme le Vatican de la Franc-Maçonnerie, ce qui lui a longtemps été reproché. Une conférence internationale sera trop longue à réunir pour intervenir immédiatement dans le rapport de forces actuel.
Les frères « de base »Il est certain que ceux de type 1 et 2 ne bougeront pas, que les maçons de type 3-a lui sont favorables, que ceux de type 3-b lui sont hostiles. Tout dépendra du pourcentage relatif des diverses catégories dans les loges. Il ne nous a pas été possible de définir ce pourcentage faute d'observations suffisamment systématiques. Il est certain que des motivations éthiques (hors du champ de notre étude, comme nous l'avons expliqué plus haut) peuvent intervenir dans le positionnement des frères « de base ».
Si l'évolution actuelle de la GLNF se poursuit, nous observerons peu à peu sa transformation en une obédience politique et sociale, probablement un « Grand Orient de droite », fortement bureaucratique et très coercitif. Cette transformation peut être accélérée ou ralentie par les hommes qui seront à sa tête, mais, tant que les structures sont inchangées, les mécanismes sociologiques la rendront inéluctable, les contre-pouvoirs ayant été détruits.
Remarque: comme nous l'avions signalé dans l'introduction, la limite de validité de cette conclusion est la non-prise en compte des motivations morales ou religieuses des frères de base et de ceux des blogs. Il s'agit d'un biais sérieux.
Pour en illustrer l'importance, rappelons nous le cas de la fin de l'apartheid en Afrique du Sud en 1991: toutes les lois de la sociologie permettaient de prévoir un bain de sang et un massacre des Blancs, comme cela s'est passé en Rhodésie. Ce qui a tout changé a été le rôle de Nelson Mandela, qui a raisonné en termes éthiques, et non en termes de pouvoir.
Nous savons qu'une grande partie des FF qui s'opposent à l'actuelle direction de la GLNF le font pour des raisons morales et non pour acquérir un pouvoir.
La sociologie ne maîtrise pas ces questions, et ne permet pas de conclure de façon certaine dans ce cas: elle décrit l'évolution la plus probable d'une organisation comme la mécanique des fluides décrit celle d'un objet flottant sur un ruisseau. De même qu'un simple bâton planté dans le ruisseau peut changer radicalement le parcours de l'objet, de même un petit nombre de frères très déterminés, mûs par des critères éthiques, peut changer l'évolution annoncée de la GLNF.
le 17-09-2010
Alain L. GLNF, matricule 62470